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Flashback de mon enfance : les Scottish de la Lande des Beaux Pins

10 juin 2012 à 14h14 par Wallace .
 

Ce matin, je flâne devant le salon de coiffure, quand je vois un nouveau. 

C’était un gros bébé labrador, déjà presque aussi gros que moi, mais on voyait bien qu’il n’avait que deux ou trois mois. 

Tout marron, qu’il était, avec un humain au bout de la laisse rouge, qui apparemment en avait bien marre de traîner un gros chiot qui ne savait même pas encore marcher.
D’ailleurs, il en a tellement marre qu’il vient s’assoir sur le banc, et le gros toutou en profite pour se cacher en dessous.

Ni une ni deux, je me glisse à côté de lui, qui sursaute de peur en me voyant.


Wallace : Bah quoi, tu flippes ou quoi mon gros bébé ? Comment tu t’appelles ?


Le Labrador :


Wallace : Tu causes pas ? Déjà que tu as du mal à mettre une patte devant l’autre, ça promet !


Le Labrador : C’est pas ma faute, y m’ont dit que je m’appelais Réglisse, mais c’est que ça fait deux jours seulement, j’ai pas l’habitude !


Wallace : Réglisse ? Quelle originalité ! Y z’ont de l’imagination, tes humains ! 

J’en connais déjà au moins cinq, des “Réglisse” dans le quartier ! En plus, y savent, tes humains, que le réglisse, c’est noir, comme moi, et pas marron, comme toi ? Si au moins ils t’avaient appelé Chocolat... Bah dis donc, petit, je sais pas dans quelle famille t’es tombé, y z’ont pas l’air fin, va falloir que tu les aides un peu... Combien y sont ?


Le Labrador : Y sont cinq, dont une en jupe, et trois plus petits qui crient et courent partout et tirent les oreilles et...


Wallace : C’est des enfants, ça. Je t’expliquerai. Et tu viens d’où ?


Le Labrador : J’en sais rien, mais c’était mieux qu’ici, et puis là-bas j’avais ma maman.

Wallace : T’inquiète pas, tu verras on est pleins de potes ici, et puis les humains, y sont un peu nigauds mais la plupart ont un grand coeur. Moi aussi, ma maman m’a manqué, tu sais ?

 

Tiens, ça me rend un peu nostalgique d’y penser.
 

Le Labrador : Tu me racontes, dis ?


Wallace : Mmmmh... si tu veux.

Alors... attends... ça s’appelait “les scottish de la Lande des Beaux Pins”, encore un nom à coucher dehors, comme ont souvent les élevages de chiens...

L'endroit était assez agréable, pour autant que je m'en souvienne : je n'avais que deux mois quand un monsieur est venu me chercher avec un de mes frères et deux de mes cousines blanches.

Là-bas, on était tous des scottish, mais il y en avait des noirs et des blancs. 

 

Les noirs, on aurait pu dire qu'ils étaient tous mes frères et mes soeurs. 

 

De toute façon, c'était un peu cela, vu que d'après ce que m'a expliqué ma mère, on avait une chance sur deux que notre père soit l'un des deux seuls reproducteurs noirs de l'élevage.

On m'a dit que mon père c'était celui qui était bien coiffé, premier prix de je ne sais quel concours, de beauté sûrement, parce qu'il ne m'avait pas l'air bien malin ! Il faut dire que de ce que j'en ai vu, je ne l'ai jamais vu faire autre chose que dormir, manger, et... et c'est tout.
Sans intérêt.

Il y avait un autre mâle : vachement plus athlétique, toujours fourré avec la dame, une humaine qui venait nous voir chaque jour et qui nous papouillait dans tous les sens.
La dame, c'était elle la chef, pour sûr, parce qu'elle n'arrêtait pas de dire aux autres humains :
“lave la cage, n'oublie pas les vitamines de unetelle, tu vois bien qu'ils n'ont plus d'eau, etc...”

Il y avait un truc louche, avec ce mâle, toujours fourré avec la dame.
Figure toi qu'un jour, j’ai entendu ma tante discuter avec ma mère à travers le grillage (oui, on habitait dans des box côte-à-côte) et qui lui disait que comme l'étalon de service, celui au pedigree long comme le bras, avait une libido très très moyenne, la dame demandait à son chouchou, celui sans pedigree, de faire des extras.
Ma tante, elle disait à ma mère que, quand elle a eu ses chaleurs, au bout de deux jours à faire des minauderies sous le nez de l'étalon sans succès, la dame a remplacé l'étalon par son chouchou, qui lui a fait son affaire à ma tante, et ça a bien arrangé tout le monde, d'abord ma tante qui en avait bien besoin, et puis la dame surtout, parce qu'on allait avoir des nouveaux cousins.

D'ailleurs, à ce propos, moi j'aurais plutôt dit demi-frères et soeurs que cousins, non ?
Mais il paraît qu'il ne fallait le dire à personne, que ce n'était pas l'étalon bien gras qui avait soulagé ma tante, parce que sinon, mes demi... euh, mes cousins, ils n'auraient pas leur pedigree.

En attendant, je n'ai toujours pas compris à quoi ça servait d'avoir un pedigree, moi.
La vie du chouchou sans pedigree avait l'air bien plus intéressante que celle de l'étalon avec pedigree...
À chaque fois qu'il revenait à l'élevage avec la dame, et qu'il descendait de la voiture, il avait un air mystérieux, genre : j'en ai vu des choses dans le monde, moi, si vous saviez...
Moi, j'avais vraiment envie d'être comme lui, de voir du pays.
Pas comme l'étalon, qui reste là, à dormir et à manger, qui ne regarde même plus ma mère et ses soeurs, et qui ne se souvient plus du temps où il voyageait dans le monde entier et paradait sur les podiums.
Et surtout pas comme ma mère et ses soeurs, qui ont à peine le temps de récupérer après leur allaitement qu'une nouvelle portée pointe le bout de son nez sous leur queue...


Le labrador : J’ai pas tout compris, mais ça fait du bien d’entendre parler comme ça... Nous, on avait trois couleurs : les noirs, les marrons, et les beige.


Wallace : Et nous deux : nous les noirs, et dans le box d'en face les blancs !
Entre nous, il y avait la cour d'ébat : un grand carré où l'herbe n'arrivait jamais à repousser.
Ce qui était bizarre, c'est que nous n'avions jamais le droit de jouer dans la cour avec nos cousins noirs, et qu'on nous faisait jouer uniquement avec des blancs.
Un jour j'ai compris que si ils nous avaient lâchés tous les noirs ensemble dans la cour, ils n'auraient jamais réussi à nous rendre à notre bonne mère, vu qu'on se ressemblait tellement !
Alors que pour nous séparer d'avec une famille de blancs, après la récré, c'était facile. 

C'était donc assez simple, tout ça : on nous disait qu'on était des scottish noirs et des scottish blancs

Moi, je voyais bien que les blancs étaient des chiens, comme moi et mes frères et soeurs, alors pourquoi préciser Scottish

Je ne savais pas à l'époque qu'il y avait beaucoup plus de variétés de chiens que noirs ou blancs ! 


Puis, un monsieur à casquette est venu nous chercher avec son camion , il a emmené avec moi un de mes frères et deux cousines blanches. 

J'étais très excité, et je courais partout en imaginant que quand je reviendrais, je pourrais faire mon fier comme le chouchou de la dame, avec un air lointain, inaccessible, un air de celui a vécu la vraie vie.
Mais ma mère avait l'air tellement inquiète que ça a commencé à m'inquiéter aussi.
Et mes cousines avaient vraiment peur. Bref, j'ai arrêté de faire le malin et je suis resté blotti contre mon frère et mes cousines.
Quand le camion a démarré, j'ai entendu un hurlement, et même si j'ai reconnu la voix de ma mère, ça m'a fait tout drôle, parce que je ne l'avais jamais entendu pleurer de cette façon.

Dans le camion, il faisait tout noir, ça bougeait beaucoup et on avait assez peur, enfin surtout les cousines, nous ça allait, mais on restait quand même blottis contre elles pour les rassurer, même s'il faisait très chaud là-dedans.

Et puis, quand on est arrivés à destination, le monsieur à casquette a ouvert la porte du camion et a porté la caisse où on était tous dans un immeuble immense, dans lequel on entendait d'autres chiens. 

"Sauvés", a dit mon frère. Nous allions retrouver les cousins qui avaient quitté l'élevage avant nous ! 

Quelque chose m'inquiétait, pourtant : ce n'était pas le même camion ni le même monsieur qui avait emmené nos cousins la dernière fois.
La preuve, le nôtre avait une casquette...

Nous avons passé plusieurs jours dans notre grande caisse, sans voir les autres cousins.
J'avais bien envie de les retrouver pour jouer avec eux. 

Incompréhensible, cette histoire : pourquoi nous faire faire un tour en camion si long si c'était pour qu'on retrouve nos cousins dans un autre endroit, sans pouvoir jouer avec eux ?

Puis, un jour, le vétérinaire est venu. 

J'en avais déjà vu un à l'élevage, un vétérinaire pas tendre pour un sou qui nous attrapait un par un, et nous regardait les yeux, nous ouvrait la bouche, nous examinait les dents, nous tordait les oreilles, nous massait la gorge, nous grattait le dos, nous tordait les pattes, nous soulevait la queue, nous appuyait sur le ventre,et qui pour finir, cerise sur le gâteau, nous pinçait la peau du cou et nous piquait avant de nous reposer...

Ce jour là, après le voyage en camion, ce n'était pas le même, de vétérinaire, mais il nous a fait exactement la même chose que l'autre, à croire qu'ils venaient de la même fabrique de vétérinaires. 

Après, il a dit “c'est bon”, et moi je disais “non c'est pas bon du tout”, nous n'avons pas été présentés, mais de quel droit, j'essayais de le mordiller mais il avait l'air de ne rien sentir du tout, ils leur mettent des mains en kevlar dans leur fabrique de vétérinaires ou quoi ?

C'est alors que j'ai eu le choc de ma vie, quand le monsieur à casquette nous a emmenés voir nos cousins qui s'amusaient sans nous depuis des jours. 

Ce n'était pas nos cousins. 

Ce n'était même pas des chiens. 

Enfin si, ils avaient quelque chose de chien, ils aboyaient, marchaient à quatre pattes, deux oreilles une queue une bouche pleine de dents, mais pas comme nous, quoi.
Pas la même couleur, pas la même taille, pas le même pelage... même pas la même forme : des longs, des courts, des hauts, des bas, des à grosse tête, des à museau fin...
C'est ce jour que j'ai compris que j'étais un chien, oui.

  

Mais un scottish terrier.


Le Labrador : Pffiou, quelle histoire … Moi, mes humains sont venus me chercher directement chez ma maman...


Wallace : Bon, petit, ton humain s’en va, si tu ne veux pas t’arracher les coussinets sur le macadam, t’as intérêt à suivre la cadence. Et ne t’inquiète pas, je vais réunir les potes, on va te trouver un blaze d’enfer, parce que ton nom, “Réglisse”, là... Bon à pluche !


Le Labrador : Salut Wallace, à bientôt !


Il a l’air pas mal ce petit ! 

Dire que dans un an, il fera quatre fois ma taille ! J’ai intérêt à m’en faire un allié dès maintenant....
Allez, c'est pas tout ça, je vais rentrer faire une bonne petite sieste dans la réserve car remuer tous ces souvenirs comme ça, y'a pas à dire, ça secoue bien quand même !

Commentaires

1. Par Les copine de Wallace, le 11 juin 2012 à 17h07
Les copine de Wallace

merci pour cette jolie histoire Wallace gros bisous !!!!

2. Par Féérie, le 14 juin 2012 à 17h34
Féérie

Et bien Wallace tu as eu une triste vie :-( ! Heureusement que tu es gâté maintenant !

3. Par malouisiane, le 14 juin 2012 à 17h36
malouisiane


Moi je trouve l'histoire de Wallace bien triste... Cela ne devrait jamais se passer comme pour lui mais plutot comme pour Réglisse.
il fut acheter son chien chez un bon éleveur et voir les parents, enfin les vrais parents.
Heureusement Wallace est super heureux
Câlins et longue vie petit scottish

4. Par Wallace, le 16 juin 2012 à 08h54
Wallace

Z'avez vu hein, par quoi je suis passé... *Caliméro face*

Mais même si ça me rend un peu triste d'y repenser, c'est loin tout ça  et je vis maintenant avec une super humaine - cela me fait penser qu'il faut que je vous raconte comment je suis arrivé chez mon humaine, la patronne du salon de coiffure, mais bon, cela fera l'objet d'un autre billet - et, cerise sur le cake, je suis l'ambassadeur, l'égérie, la mascotte officielle de un Chien sur la Toile, THE boutique à absolument fréquenter si on veut rester un dog ou un cat trendy jusqu'au bout des coussinets  ! 

Aaaah, la belle vie pour moi maintenant les amis :)

Merci à tous pour vos petits messages par ici, qui me font toujours tellement plaisir - ben oui, car je me dis que finalement, il y a peut être des gens qui le lisent ce Blog ^^

Ayé, j'ai fini ma tartine, Ciao les potes !

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